16 juin 1976 : les émeutes de Soweto

Aujourd’hui 16 juin, date anniversaire des émeutes de Soweto, je ne pouvais pas ne pas glisser un extrait du roman qui est un flash-black de 1976. (voir aussi article »Le massacre des enfants de Soweto » dans la rubrique « Histoire ») .

EXTRAIT :

L’oncle Jannie était venu au moment où des émeutes meurtrières avaient éclaté dans une township, là-bas, à Joburg. Il était venu avec son fils, Jannie Junior, et il avait parlé des noirs qui étaient descendus dans la rue pour manifester. Quelques années plus tard, Jannie Junior, – que tout le monde surnommait JJ – avait rapporté à Mervin que même quand elle pleurait, la vieille grosse et si noire Sans-Langue aux gros gras bras noirs brillants ne faisait pas de bruit. Mervin avait appris par la suite que le petit-fils de Sans-Langue, qui avait treize ans, était tombé sous les balles de la police, alors qu’il marchait dans les  rues de Soweto (1)[1], avec des milliers d’autres élèves noirs. Apparemment cela avait dû avoir des conséquences graves car Mervin avait vu les discussions de M. van Heerden et des autres grands s’animer lors de fiévreux débats organisés à la maison. En fait beaucoup d’autres négrillons avaient subi le même sort violent que le petit-fils de Sang-Langue.  

* * * 

A la dure Ecole de la Vie – ou plutôt de la Survie, voire de la Sous-Vie -, ils  avaient été acculés par les matières imposées par les grands professeurs blancs de l’Ecole de Pretoria. Piégés d’abord par l’Histoire qui les avait aliénés. Piégés par la Géographie qui les avait parqués comme des animaux dans des ghettos ou dans ces grands enclos de la misère qu’étaient les bantoustans (2). Piégés par les Sciences Naturelles qui les avaient classés dans la catégorie sous-espèce humaine. Et maintenant, suprême humiliation, piégés par l’Afrikaans, l’idiome du baas [3].   

Dans les « Whites-only schools » : les écoliers étaient punis pour ne pas avoir voulu apprendre à lire, à écrire et à compter. 

Dans les «Non-Whites only schools » : les écoliers étaient tués pour ne pas avoir voulu apprendre à lire, à écrire et à compter dans la langue du baas.  (3)Morts pour avoir refusé que l’on leur enseigne la langue d’Etat  des non-Noirs. La langue du maître. 

Sans-Langue avait dit à Mervin que son petit-fils était un petit être espiègle, qui bondissait sans cesse comme un dikdik et qui n’avait pas sa langue dans sa poche.  Le petit-fils de Sans-Langue n’avait pas voulu apprendre la langue du maître. 

Le petit-fils de Sans-Langue avait osé s’exprimer de sa langue affilée.   Le petit-fils de Sans-Langue avait osé défier et défiler.  Le petit-fils de Sans-Langue n’aurait pas dû avoir la langue bien pendue. Langue-Bien-Pendue aurait été pendu à une autre époque. Langue-Bien-Pendue avait été abattu.  



[1](1) Révolte de Soweto contre l’imposition de l’usage de l’afrikaans dans les écoles noires. Le 16 juin 1976, la police tira sur une manifestation de lycéens. La photo d’un jeune noir de 13 ans, tué, fit la tour du monde. Le chiffre exact de jeunes lycéens tués n’a jamais été réellement sur mais on peut l’estimer à plusieurs centaines. Ce fut le début d’une série de grèves et de manifestations qui en quelques mois firent plus de 1000 morts. Une nouvelle génération s’engagea dans la lutte contre l’apartheid.

[2](2) Territoire attribué aux Noirs en fonction de leur appartenance ethnique. Dix bantoustans furent ainsi été « concédés » par la République Sud-Africaine et devaient, à terme, priver les Noirs de la nationalité sud-africaine. Six de ces « réserves » étaient autonomes et quatre dotées d’une « indépendance » (synonymes de « homelands »).

[3] (3)Patron

 


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