Archive pour mai, 2007

Le massacre des enfants de Soweto

1976 : cette année reste douloureuse dans la conscience noire. 

Les écoliers et les lycéens descendent dans la rue pour protester pacifiquement contre une nouvelle décision du gouvernement : l’obligation pour eux d’apprendre à l’école l’afrikaans. L’afrikaans, c’est la langue des afrikaners, celle que les Blancs parlent depuis trois siècles dans ce pays. La langue afrikaans n’est ni plus ni moins que du hollandais « créolisé » développé au fil des siècles par les colons hollandais établis en Afrique du Sud.

C’est la révolte des enfants de  Soweto. Le 16 juin 1976, la police tira sur une manifestation de lycéens. Le chiffre exact de jeunes lycéens tués n’a jamais été réellement sûr mais on peut l’estimer à plusieurs centaines. Ce fut le début d’une série de grèves et de manifestations qui gagnent les ouvriers et qui, en quelques mois, firent plus de 1000 morts. Une nouvelle génération s’engagea dans la lutte contre l’apartheid.

 sanstitre1.jpgCette photo d’un jeune noir de 13 ans, mort sous les balles de la police, fait le tour du monde et choque l’opinion internationale. L’ONU s’insurge et renforce le boycott du pays en guise de protestation. 

Quelques exemples de lois ayant mis en place le système d’apartheid

Lorsqu’en 1948, le Parti National afrikaner gagne les élections, ce dernier va mettre en place le système d’apartheid. Ceci permettra de « légaliser » la discrimination basée sur des critères raciaux. L’apartheid ; c’est la ségrégation raciale ou, comme le disaient alors les dirigeants de l’époque de façon politiquement correcte : « la politique de développement séparé »… 

Un tas de lois vont naître dans les années 50. 

En voici quelques exemples :  - Loi sur l’interdiction des Mariages Interraciaux (1949) : interdiction de se marier entre gens dits de « race » différente. Ceci ne sera aboli qu’en 1985 ! 

-  Loi sur l’Immoralité ( 1950) ; les rapports sexuels entre noirs et blancs sont hors la loi. De ce fait, vous pouviez avoir une amende ou faire de la prison. 

- Loi sur la Classification de la Population ( 1950) : on peut la considérer comme la plus importante car elle déterminait vraiment votre parcours de vie du berceau jusqu’au cimetière. Il était obligatoire de mentionner sur sa carte d’identité son appartenance raciale (noir, blanc, métis, asiatique…). Elle fait partie des 3 dernières lois abolies seulement en 1991. 

- Loi sur les Zones Résidentielles (1950) ; lieu de résidence obligatoire assigné en fonction de sa couleur. (en vigueur jusqu’en 1991)                                             

- Loi sur la Prévention d’Etablissements Illégaux (1951) : loi interdisant le squat et pour lutter contre les millions de personnes essayant de fuir les zones les plus pauvres.  -  Loi sur les Indigènes des Villes (  1952) ; autorisant les noirs à vivre dans certaines zones blanches à des fins économiques. 

- Loi sur l’Education Bantoue ( 1953) : ségrégation en matière scolaire. Le gouvernement d’alors met en place une éducation très minimum pour les noirs.               

- Loi sur le Cloisonnement des Espaces Publics (1953) ; les fameux panneaux que l’on trouvait partout jusqu’en 1985 et interdisant aux noirs la fréquentation de tous les lieux publics pour Blancs.         - Loi sur la Citoyenneté et les Homelands Bantous (1970) : l’objectif était de créer dix réserves ethniques morcelées sur tout le territoire dans le but de faire perdre la nationalité sud afrIcaine aux non-Blancs. 

- Loi sur la Répartition des Terres (1950). Le calcul est simple : 13% des terres aux 30 millions de Noirs et 87% des terres aux 5 millions de Blancs. 

« Faune » pas oublier nos amis les bêtes !

hippo007.gif

On ne peut faire un tour du pays, sans passer par la case « faune ».Quelques petits clichés des habitants du coin.  

 afriquedusud320alorsdocteur.jpgC’est ce qui s’apelle « chercher la petite bête » ! Ou bien « compte mes poux et je te dirai combien je t’aime ! »

afriquedusud353alorsontraversesansregarder.jpg Zut ! Demi – tour : je me « trompe » de chemin !

afriquedusud467vipredugabon.jpg Petit jeu : Chercher l’intrus ! (Je suis une vipère du gabon et j’adore qu’on me prenne pour une feuille morte )

afriquedusud404.jpg Famille hippo en balade. Un conseil ; un hippo peut en cacher un autre ! Et si vous « craquez » pour le bébé hippo, attention : maman n’est pas loin et est la reine du « chargement » . Eh oui, le hippo est  l’animal qui est responsable du plus de victimes chez l’homme…

afriquedusud374lestwinsgiraffes.jpg Les Twin Girafes ! Toujours synchros et dans le coup !

LE DOMESTIQUE BLANC / Morceau choisi 4 (les panneaux de l’absurde)

Les plus jeunes années de Mervin avaient été baignées dans un univers de panneaux réglementant la politique de « développement séparé » et qui étaient les reflets de l’apartheid dit « mesquin ». Le « petty apartheid »[1], c’était la ségrégation systématique, celle qui touchait à la vie de tous les jours et que les Noirs – pardon, les non-Blancs – trouvaient le plus avilissant à leur égard, car ainsi la fréquentation de nombreux endroits leur était tout bonnement interdite pour simple cause de pigmentation non conforme. « Chaque individu doit occuper la place qui lui revient dans la société ». A partir de principe, la pieuvre de l’apartheid mesquin avait étendu ses tentacules jusque dans les moindres recoins publics et dans toute structure possible et imaginable. Un monde construit avec des pancartes apposées partout, à l’entrée des cinémas, des restaurants, des hôtels ou des toilettes publiques. Elles étaient aussi plantées à l’entrée des jardins publics, des postes, des banques, et aux abords des plages. Les blancs avaient les belles plages. Les métis avaient eu droit à quelques plages. Les Noirs devaient en avoir une ou deux, pas très plaisantes et sans aucune infrastructure de vacances. Les panneaux étaient également là pour réglementer l’accès aux transports urbains, ferroviaires ou aériens. Les taxis, les ambulances, les maternités, les trottoirs, les cimetières…Rien n’était en reste. C’était la farandole des pancartes. Elles se dressaient partout et semblaient bien commodes. En fonction de la couleur de sa peau on savait ainsi tout de suite sur quel banc il convenait de s’asseoir, à quel guichet on pouvait s’adresser où quel espace utiliser dans un bus. Un système de guidage visuel géant et pratique destiné aux enveloppes charnelles politiquement correctes ou politiquement incorrectes. Si jamais un bus différent était attribué selon la couleur de peau, alors il était indiqué à quel arrêt on devait attendre. Un bus pour Blancs toutes les dix minutes au maximum. Au moins trente minutes d’attente pour un bus pour Noirs. Lorsqu’il n’y avait pas de panneaux sur les bus, une simple couleur suffisait. Les bus pour noirs étaient connus sous l’appellation des bus « verts » car ils affichaient une marque verte sur leur pare-brise et s’arrêtaient à des arrêts de bus pour Noirs. Quand il n’y avait pas assez de bus, il y avait des variantes. Les gens montaient parfois dans le même bus, mais chacun à sa place ; les Blancs à l’avant, les Noirs à l’arrière.  Pour les trains, les wagons de première et deuxième classe étaient réservés aux Blancs et les wagons de troisième classe aux Noirs.  Il arrivait aussi que le terme « blanc » puisse changer, remplacé en ce cas par le dénominatif pigmentaire « européen ». Par exemple, pour s’asseoir, il y avait des bancs « Europeans only ». Des escaliers « pour Européens  seulement » et « Pour non-Européens seulement » se côtoyaient. Egalement, des salles d’attente pour « Européens seulement ». Curieux car, en général, c’était plutôt les non-Blancs qui avaient l’habitude de passer des heures à attendre ! En fait, ces salles d’attente pour « Blancs seulement » étaient justement faites pour que les Blancs n’attendent pas trop … Quant aux Noirs, quand il n’y avait pas de salles d’attente, eh bien, ils attendaient dehors et ensuite on venait ouvrir une porte pour leur dire que c’était trop tard et que c’était fermé ! 


[1] Apartheid mesquin

L’APARTHEID MESQUIN : L’APARTHEID DES PANNEAUX

« Plage et Mer pour Blancs seulement » 

beach.jpg 

(cliquer sur les photos pour agrandir)

« Chaque individu doit occuper la place qui lui revient dans la société »…

…A partir de ce principe, l’apartheid – appelé de manière politiquement correcte la « politique de développement séparé » – a engendré un univers de panneaux et donné naissance à ce qu’on a appelé « l’apartheid mesquin » car ces pancartes étaient  le pire reflet visuel du système et touchaient à la vie de tous les jours. Ce système entré surtout en vigueur dans les années 50 a persisté jusqu’au milieu des années 80.  Une tragique farandole de panneaux apposés partout dans les lieux publics – en deux langues, anglais et afrikaans – et destinés à réglementer ou interdire l’acces en fonction de la couleur de la peau (avec une tendance à 100% à interdire à ceux qu’on appelait pour être politiquement correct les « non-Blancs »)

Plages, cinemas, restaurants, hôtels, parcs, postes, banques, toilettes,transports urbains, ferroviaires et aériens,écoles, maternité, cimetieres, taxis, ambulances, escaliers, ascenseurs… Et j’en passe…..On y lisait généralement « Pour blancs seulement » « pour non-blancs seulement »….

Voici ci-dessous un petit florilège de ces bêtises de pancartes

durbanbeach1.jpg« Aux termes de l’article 37 de l’arrêté municipal concernant les plages de Durban, ces eaux de baignade sont réservées uniquement aux personnes appartenant à la communauté raciale blanche »   

park.jpg« Ceci est votre parc, veuillez le garder propre. Ramasser des fleurs dans ce  parc est interdit. Endommager les arbres ou les plantes sera puni. Les chiens ne sont pas autorisés. Il est interdit de circuler à bicyclette. Ne marchez pas sur les pelouses. Il est interdit de jouer au ballon. Les aires de jeux ainsi que les équipements de jeux sont uniquement destinés à l’usage des enfants européens. »

apartheidsign.jpgA  L’USAGE DES PERSONNES BLANCHES / Ces locaux publics et les installations et services qui y sont rattachés sont réservés à l’utilisation exclusive des personnes blanches. 

bahaapartheidsignage.jpgDANGER /   Indigènes, Indiens et Métis. Si vous pénétrez dans ces locaux de nuit vous figurerez parmi les personnes disparues. Des gardes armés tirent à vue. Des chiens sauvages dévorent les cadavres. Vous avez été mis en garde!

bench.jpg  »Pour européens seulement » 

stairs.jpg Sans commentaire…

girl.jpg  »Noirs, métis et asiatiques » (toilettes)

 

…pendant ce temps, aux Etats-Unis……        sanstitre.jpg 

LEVER DE SOLEIL / JUILLET 2005

afriquedusud567.jpg 

En route pour le fabuleux parc animalier Kruger

LE DOMESTIQUE BLANC / MORCEAU CHOISI 3 (La reclassification raciale)

Mervin avait huit ans lorsque pour la première fois il avait vu la tête de l’un de ses amis tomber sous le couperet de la loi raciale. Ce jour-là, il était allé chez son ami Tim Fletcher. Tous les deux devaient disputer un match de tennis et Mervin s’était juré que, cette fois-ci, il ne se laisserait pas battre par Tim Fletcher, le meilleur de l’école. Après plusieurs coups de sonnette, le garçonnet s’était étonné que personne ne fût venu ouvrir. La porte était demeurée close. Tim avait-il oublié ? Cela eut été  étonnant de sa part car Tim était un fou de tennis et pour rien au monde il n’aurait manqué un match contre Mervin van Heerden, l’un de ses meilleurs camarades de jeux. Bien que l’un fût d’un milieu anglophone et l’autre Afrikaner, ils avaient toujours été les meilleurs amis du monde, au grand dam de M. van Heerden qui avait toujours voué une haine farouche contre les « judéo-britanniques » qui les avaient « matés » et « exterminés » dans leurs camps au début du siècle et qui leur avaient «volé» leurs terres aurifères. Une rancœur exacerbée par le drame familiale lorsque Roelf, le père du vieux Magnus, fut tué par les Anglais lors de la guerre des Boers, au début du siècle, suivi peu de temps après par sa femme, Evette, qui n’avait pas survécu aux camps de concentration.  Brefs, de vieilles histoires que Mervin aurait bien voulu que son père laissât dans les tiroirs ouverts et coincés de son cerveau. M. van Heerden, avec cette satisfaction excessive et ridicule qu’il avait  très souvent de lui, usait le surnom peu élégant de soutpiel en parlant des Blancs de souche britannique, ce qui voulait dire littéralement « verge salée » ; une truculente image sexuelle destinée aux Anglais que l’on prétendait avoir toujours un pied en Afrique du Sud et un pied en Grande-Bretagne, et donc, de par ce grand écart intercontinental, avec le sexe faisant trempette en eaux salées ! Mervin souriait malgré lui car il savait pertinemment que la réponse du berger à la bergère cinglerait avec un style tout aussi gracieux et que  M. Fletcher s’en prendrait à M. van Heerden – ou à tout autre fermier afrikaner mal dégrossi du même acabit -  de l’injure quasi-équivalente de boertgie (cul-terreux). Le père de Tim se gargariserait alors de ce surnom avec une suffisance presque aussi sotte que son adversaire. Ces réactions parfois puériles de deux camps infatués faisaient parti d’un jeu de renvoi  de balles qui de toute façon ne finirait jamais, entre deux univers  antagonistes qu’étaient le milieu bourgeois anglophone qui se disait libéral et un monde de fermiers afrikaners qui n’avaient pas fréquenté les universités et qui avaient puisé leur éducation dans la Bible.  Mais bon, finalement tout  ce petit monde n’était pas mal loti. Les Anglophones ne s’estimaient pas responsables de l’apartheid mais n’étaient pas trop mécontents d’y trouver  leur compte. Quant aux Afrikaners, pour eux, les Anglophones étaient tout de même bien pratiques – au moins d’un point de vue mathématique – : ils augmentaient le nombre de Blancs dans le pays. Mais en revanche, ils ne leur  pardonneraient jamais la guerre des Boers. Ah ça, non jamais!  Alors que Mervin s’était éloigné de la porte, la mine perplexe, la voisine était sortie au même moment et, voyant le garçonnet planté devant la maison en balançant pensivement sa raquette de tennis, elle s’était approchée.                                                                

« - C’est chez les Fletcher que tu as sonné ? Inutile d’insister. Personne ne viendra t’ouvrir. M’étonnerait….                                                                                                               

 - Comment ça ?                                                                                                                           

- Ils ont déménagé…                                                                                                             

- Quoi ? Ils sont partis ? Mais quand ? Où ? Tim ne m’a jamais parlé d’un départ. Enfin, il m’aurait…                                                                                                                                           

- Ils ont été… »                                                                                                                  

 La femme avait eu une seconde de pause, tout en jetant un regard circonspect par-dessus son épaule, comme pour souligner la gravité de la nouvelle. Ou peut-être pour s’assurer qu’un sbire du Big Brother verwoerdien n’était pas encore dans les parages. 

« - … reclassifiés.    

 - … reclassifiés ! » 

Mervin avait dû pourtant se rendre à l’évidence lorsque la voisine lui avait raconté comment deux messieurs représentant la Commission de Reclassification Raciale étaient passés chez les Fletcher trois semaines auparavant pour leur signifier un départ précipité. Mervin était resté sans voix et les larmes lui étaient montées aux yeux. C’était impossible. Il y  avait dû avoir une erreur. Tim ne lui avait jamais parlé de la visite ou d’une enquête de la commission raciale. Et de toute façon, tout comme lui, il était issu d’une famille classifiée blanche et de ce fait vivait dans un quartier résidentiel blanc, allait à l’école blanche, avait des amis blancs… Une erreur de diagnostic épidermique… ? Il ne comprenait pas. Tout cela était absurde ! Etait-ce là encore une sordide illustration de la quatrième dimension de l’administration ségrégationniste ?  Tous les ans, la terrible et redoutée dite Commission de Reclassification Raciale faisait « changer de race » des centaines de personnes. Le moindre doute concernant la pureté d’une personne, sa race, son identité génétique – le délateur pouvait être un voisin ! – , on menait une enquête. Et si au bout du compte on en venait à la conclusion que la personne était – ou était susceptible d’être – de sang-mêlé, c’était l’expulsion quasi-immédiate du foyer, du quartier, de la société blanche confortable et douillette. Ainsi les Fletcher n’étaient pas passés entre les mailles de la minutieuse administration afrikaner qui avait secoué une fois de plus son tamis de l’absurde pour décanter un sang jugé suspect. Tim, sa sœur et ses parents étaient passés de Blancs… à métis ! Tout comme un Indien pouvait parfois être reclassifié Malais. Un métis pouvait du jour au lendemain devenir « Chinois » ! On pouvait cependant prétendre à une reclassification positive si on s’estimait être victime d’une erreur d’identification. Et quelquefois – ô bienfaits de la législation raciale – l’administration pouvait vous délivrer un « cadeau », si la demande était toutefois  acceptée. Elle pouvait vous délivrer une promotion raciale et on passait ainsi de Noir à métis ! Ou de métis à Blanc ! Parfois, on pouvait attendre des années dans les couloirs de la classification raciale. Par contre, « Sortir et descendre de la classe blanche » demeurait vraiment rarissime.                

On avait beau avoir légiféré en la matière avec le « Loi sur la Classification Raciale », cela n’avait en fait pas toujours été facile de mettre en application une  loi kafkaïenne. ‘Heureusement’, le ‘bienveillant’ Ministère de l’Intérieur de l’époque, dans sa ferveur religieuse,  avait paré à tout et avait même mis en place, dans les années soixante, une série de « tests scientifiques » qui s’étaient avérés très utiles lorsque les scrupuleuses Commissions de Reclassification Raciale devaient résoudre certains cas épineux des citoyens dits borderline.  En effet, comment faire la distinction entre un métis ayant la peau claire et un Blanc de type méditerranéen et basané ? Un métis particulièrement sombre ne pouvait-il pas être en réalité un Noir ? Ou un Noir pas très noir n’était-il pas finalement un métis ? Ou un dit métis trop jaune reclassé en catégorie asiatique ? La commission, chargée de faire un listing rigoureux des critères physiques qui pouvaient dénoter l’appartenance à un groupe racial – cheveux, ongles, charpente osseuse… – eut recours à certains stratagèmes visant à faire face au mieux aux litiges qui pouvaient surgir et à ainsi contourner tout casse-tête et labyrinthe ethnico-morphologique. Ainsi l’astucieux « test du peigne» utilisé à l’époque de l’apogée verwoerdienne. Le test du peigne était surtout utilisé pour les personnes classées métisses mais qui se revendiquaient néanmoins blanches. Il était d’une facilité déconcertante  qui confinait à l’absurde et au sordide pour les uns et qui arrangeait beaucoup les autres. Il suffisait de glisser un peigne dans la chevelure. Si par malheur, il ne tombait pas, la réponse cinglait : non-Blanc ! Et si, malgré une apparence lisse, le peigne restait accroché, il était indubitable que les cheveux étaient  imperceptiblement crépus et donc la personne de sang mêlé… Et puis de toute façon, si cela était trop casse-tête, hop ! On classait dans la catégorie bien pratique et  fourre-tout des métis du Cap, Malais, Indiens, Grecs et autres…et l’affaire était dans le sac ! Descendre de l’échelle sociale. Donc, descendre de l’échelle raciale. 

LE DOMESTIQUE BLANC / MORCEAU CHOISI 2 (patrons et employés)

Pour un non-Blanc, monter en grade dans la société sud-africaine, c’était obtenir le poste auquel on aspirait ; jardiniers ou chauffeurs pour les hommes,  femmes de ménage ou cuisinières pour les femmes. Pour ces dernières, la consécration ultime pouvait être d’obtenir un poste de gouvernante, auquel cas, pour peu que l’on tombât au sein d’une famille gentille, qui payait bien, que « Madame » vous faisait assez confiance pour ne pas avoir à sans cesse surveiller ce que vous faisiez, et qui avait  des enfants pas trop turbulents, alors la vie était somme toute pas si mal que çà. Et on pouvait avoir en plus une autre domestique sous ses ordres.  Il y avait bien les aléas de la vie régie par la société ; ainsi, quand il y avait des conflits entre patrons et employés, ces derniers n’avaient aucun recours et donc les patrons avaient toujours raison.  Mais comme la matière était plutôt bon  marché et facilement remplaçable, cela ne posait pas trop de problème. On trouverait toujours quelqu’un pour se bousculer au portillon de l’exploitation.

 blackwomanjp.jpg

L’Afrique du Sud était devenue une société de consommation spécialisée dans un produit dont elle était devenue friande : les domestiques, main d’œuvre noire jetable. C’était un curieux monde fait de deux univers et au sein duquel beaucoup de « Mesdames » voyaient dans leurs domestiques, cuisinières et gouvernantes, les conditions essentielles pour mener une vie décente. Cependant leur vie respective se devait de rester en parallèle et l’interconnexion n’était pas de mise sauf à des fins utiles tels que repassage ou ménage.  En tant que domestique, on faisait partie du monde des blancs et pourtant sans jamais y  être intégré complètement. On passait la journée à s’occuper de la maison de « Monsieur » et de « Madame » et on était pourtant tenu à distance ou parfois même regardé de travers.  Certains employeurs devaient dire certainement « - Elle est comme un membre de la famille. » Sauf que le « membre de la famille » n’était pas autorisé à utiliser les toilettes des « Mesdames». Les « Mesdames »  ne savaient même pas où leurs bonnes habitaient. Leurs quartiers étaient des pays inconnus.  De toute façon, les « Mesdames » n’y mettraient jamais les pieds.  Les mesdames et leurs bonnes passaient parfois leur vie ensemble et pourtant il arrivait que les mesdames ne connaissent même pas le nom de famille de leur employée.  Les « Mesdames » ne levaient pas le petit doigt sauf pour indiquer les tâches à exécuter ou, au supermarché, pour désigner les articles à mettre dans le caddy. En tant qu’enfant, vous ne deviez pas poser trop de questions aux bonnes, ces gens de l’ombre qui quittaient la douceur du foyer quand le crépuscule arrivait pour regagner leurs quartiers. 

LE DOMESTIQUE BLANC / MORCEAU CHOISI 1 (enfance du personnage principal)

LE CAP, 1979 « - Je suis en vacances chez les cousins du Cap, là où les deux océans marient leurs eaux, au pied de la Montagne de la Table, grande griffe de pierre qui couronne la ville.                                                                                                                                                   

La plage de sable blond est de la couleur de ma peau. C’est-à-dire, blanche. La mer turquoise est de la couleur de ma peau. Blanche.    Les glaces roses, jaunes et vertes sont de la couleur de ma peau. Des glaces blanches. Enfin, je l’imagine car, le vendeur de glaces se promène sur la plage réservée aux Blancs.  Donc ce sont des « Whites-only ice creams ».                                                         

 segregation.gif

 De l’autre côté de la pancarte, il y a un petit noir. Il a mon âge. Il doit avoir sept ou huit ans. Il se balance sur la barrière qui nous sépare. Puis, il poursuit son jeu et s’agrippe au panneau qui tranche nos deux mondes. Il regarde d’un œil distrait les grandes lettres noires qui mettent chacun à sa place. Il ne doit pas savoir lire. Mais je crois qu’il en comprend la signification. La pancarte lui interdit d’avoir une glace car elle se trouve en territoire interdit. Ou alors il doit attendre le passage du vendeur et le héler si celui-ci se décide bien à aller dans sa direction. Il pose un pied sur le sable et sa maman accoure aussitôt pour le tirer vers elle. Ma mère m’achète une glace. Comme je la mets dans ma bouche, je croise le regard du petit garçon noir. Je me demande s’il m’envie ou s’il me déteste. Je le montre du doigt à ma maman. Elle me dit que c’est mal élevé de montrer du doigt. Moi, je veux juste dire à maman que lui, là-bas, il en veut peut-être une, une glace. Elle regarde autour d’elle. Les cousins sont occupés à faire des châteaux de sable. Mon père et mon oncle sont endormis sur leur serviette. Elle me donne une pièce discrètement comme si elle faisait quelque chose de mal et me dit d’aller acheter une glace et de faire vite. J’achète la glace. Je cours vers le petit garçon et je lui tends. Sa maman me remercie et me sourit. Je cours vite retrouver ma maman tout en me retournant de temps en temps pour regarder le petit noir. Il me fait un sourire et me fait un signe de la main. Depuis ce jour, je commence à comprendre plein de choses et je me pose plein de questions. Enfin, non,  je commence plutôt à ne pas comprendre ! Désormais quand je croise du regard des enfants noirs de mon âge, leurs yeux me semblent encore plus blancs tellement j’ai l’impression qu’ils me scrutent. J’ai un cartable tout neuf. Je me demande si celui-ci m’envie ou me déteste. J’ai de beaux souliers vernis du dimanche. Je me demande si celui-là m’envie ou me déteste. Depuis l’histoire de la glace, des questions commencent alors à m’obséder. Est-ce que les noirs m’aiment ? Ils doivent me détester. Est-ce qu’à chaque fois je dois faire un geste pour ne pas qu’ils m’envient ou pour ne pas qu’ils me détestent ? Est-ce qu’il y a des cartables neufs pour Blancs seulement ? Des souliers vernis pour Blancs seulement ? Le même jour, il y a une manifestation. Un groupe d’une cinquantaine de métis vient s’asseoir sur le sable de la plage des blancs pour protester contre l’apartheid mesquin et ses grands panneaux qui forment comme un grand labyrinthe truffé d’impasses pour non-Blancs seulement. Ils veulent arracher la pancarte qui indique « Plage et Mer pour Blancs seulement », celle-là même à laquelle était agrippé le petit enfant noir. La police arrive des deux côtés, dans des fourgons par la route et par les airs en hélicoptère. Les manifestants se débattent et crient en s’éparpillant. Ils sont  forcés  d’évacuer la plage.  Pendant ce temps y a des blancs qui bronzent et certains qui ressemblent à des métis ! » 

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